ASSOCIATION FRANCAISE POUR UN SPORT SANS VIOLENCE ET POUR LE FAIR PLAY

 
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Fair Play AFSVFP
Esprit Sportif éthique
RASSEMBLEMENT NATIONAL
« ESPRIT SPORTIF, ETHIQUE DE VIE »
du 11 mai 2006 à Orléans
Sens de la démarche et présentation des travaux
Par Albert BEGARDS
Président de la Commission des Rassemblements


Monsieur le Président de séance,
Mesdames et Messieurs, Chers amis,

Au nom des membres de la Commission des Rassemblements, j'ai le plaisir de vous saluer et de vous commenter le sens de la démarche de l'AFSVFP sur un thème novateur dans le cadre du sport.

Depuis 1983, elle a publié 19 ouvrages et une Bande dessinée qu'il faudra bien un jour retrouver dans la bibliothèque de chaque Canton de la France, grâce aux Conseils Régionaux et Généraux qui auront à cœur de mettre cette richesse de réflexion à la portée de chaque citoyen. 

Depuis la création du Code du Sportif en 1991, nous avons systématiquement valorisé le caractère éducatif du sport, pour lui éviter d'être récupéré comme un simple agent thérapeutique ou de devenir le « bouc émissaire de problèmes de société », ce qui semble ne pas été bien compris. 
En 2002, nous avons mis en exergue son humanisme fédérateur dans le premier Congrès de la Francophonie Sportive qui a réuni 31 Ministres ou leurs représentants, suscitant par là l'intérêt général de émergence d'un « esprit de famille francophone ». 
En 2003 et 2004, nous avons identifié les Droits et les Devoirs de l'Esprit Sportif en respect de la loi républicaine, puis de la laïcité : si l'esprit sportif est universel, l'éthique sportive se fonde sur l'éthique citoyenne et la démocratie, sur les Droits de l'Homme et du Citoyen dont la France est citée en référence.

Le premier Rassemblement déconcentré en 2005, auprès du CROS de Midi-Pyrénées : « Esprit Sportif et Citoyenneté », a traité la 3ème partie de la trilogie républicaine de l'AFSVFP, et symbolisé sa volonté d'enraciner l'esprit sportif comme un vecteur privilégié de l'éthique citoyenne.

La force de l'esprit sportif est de rassembler les individus dans le respect de valeurs communes sans tenir compte de leurs différences politiques, philosophiques ou religieuses, en dynamisant la recherche du dépassement de soi en harmonie avec celles des autres. 

C'est le sens de notre Rassemblement du jour sur un thème tendant à personnaliser l'individu, afin qu'il se responsabilise face à la violence et aux incivilités, en élevant son niveau de conscience jusqu'à concevoir la prééminence d'une ETHIQUE DE VIE. 

L'AFSVFP n'est pas venue à votre rencontre pour se dédouaner d'un moralisme qu'elle ne cultive pas, mais pour étayer son action d'intérêt général par votre SAVOIR ÊTRE et votre SAVOIR-FAIRE. 

Ils sont imprégnés d'une culture de terroir pouvant faire germer des idées novatrices, en reflet des valeurs ancestrales qui balisent encore la sagesse de votre vie quotidienne. Puissent-elles être aujourd'hui le révélateur des liens entre le sport et l'art, inscrits dans notre mémoire et dont nous devons actualiser le bien fondé pour favoriser la créativité à tous les âges de la vie. 
Notre réflexion ne saurait exclure aucune forme d'art, mais il conviendrait de la limiter aux formes d'expression de l'art gestuel, dont l'inspiration est la plus proche de l'esprit sportif.

Le redoutable honneur m'échoit d'en débroussailler les pistes de recherche dans notre société, qui, à son corps mal défendu, laisse peu de place aux manifestations de la personne humaine.

Je vais tâcher d'être positif sur un tel sujet, dans l'éthique de l'AFSVFP empruntée au philosophe Louis-Claude de SAINT-MARTIN : 
« J'ai désiré de faire du BIEN, mais je n'ai pas désiré de faire du BRUIT, parce que j'ai senti que le BRUIT ne faisait pas de bien, et que le BIEN ne faisait pas de bruit ». 

Cette sagesse constructive honore les 660 membres de l'AFSVFP, dont 400 structures, parmi lesquelles 75 fédérations, le CNOSF lui-même, et 92 CROS et CDOS. 

NECESSITE D'UNE EDUCATION SPORTIVE HUMANISTE

L'éducation sportive met en oeuvre un syncrétisme culturel qui dynamise et sauvegarde des vertus humanistes universellement partagées, face au bouleversement des valeurs de civilisation et à la mondialisation de l'économie qui divise et asservit peu à peu les consciences.

Certes, il est vain de croire à une possibilité de réalisation personnelle en échappant intégralement à quelque système que ce soit, d'autant qu'il est formateur. Le groupe freine la libre expression de l'individu, mais il l'enrichit de ses différences. Les puissances artificielles technocratiques et financières aboutissent à sa mise en esclavage relative, mais elles concourent ensuite à sa libération. Le procès classique des hégémonies qui substituent des réactions intellectives aux réactions corporelles est un non sens et un piège qui se déclenche par interaction.
Toutefois, les droits de l'homme lui imposent le devoir de dire « non » aux formes d'assujettissement ou de robotisation de son intégration dans les groupes sociaux et universels, ce que nous observons depuis l'avènement de l'Ere atomique. 
L'interdiction des conflits et le processus civilisateur ont provoqué une inhibition de l'agressivité, entraînant une frustration quasi pathologique dont les réactions violentes se manifestent depuis une trentaine d'années.
Si nous voulons juguler la violence, commençons par être cohérents en institutionnalisant la maîtrise de l'agressivité, et si souhaitons agir pour que l'individu dans le groupe devienne l'Homme que cherchait en vain DIOGENE, cela revient à mettre l'Homme en exergue dans toute philosophie.
Il nous faut former un nouvel anthropoïde qui soit attaché à ses sources, et qui puisse trouver dans le groupe la juste libération des contraintes que lui imposent ses besoins.

Il faut provoquer un processus d'intégration contre l'influence dépersonnalisante du groupe, afin que l'Homme se trouve partout chez lui, et, pour cela, mettre en œuvre une formation personnalisante lui permettant de s'insérer dans la société qui le rejette en tant qu'individu.

Cela revient à lui proposer d'abord de retourner sur son EGO pour conduire un développement harmonieux de son physique et de son mental, dans un mode d'expression libérateur qui favorise la prise de conscience de ses propres possibilités et le respect des autres.

Ce CONNAIS-TOI TOI-MÊME peut être considéré comme une arme à double tranchant.

La prise de conscience ainsi donnée de lui-même, au lieu de faciliter son intégration, peut au contraire en faire une cellule à l'intérieur du groupe, certes moins fruste, mais pas davantage apte à la prise en charge de la responsabilité individuelle, à l'observation de deux écueils majeurs :
- la lucidité passive et l'orgueil dominateur.

Former un homme à la lucidité risque de créer un observateur méditatif et pessimiste qui a toujours raison, mais qui ne fait rien. La lucidité n'engage pas forcément à l'action, mais plutôt au jugement pouvant virer au fatalisme indifférent aux autres. 
Or, la passivité, le fatalisme et l'indifférence sont déjà les trois méduses de notre vie sociale, et le sens de notre démarche est d'installer un petit foc sur leur radeau. 

L'autre risque est celui de justifier un orgueilleux. L'orgueil isole par l'excès égocentrique d'un besoin de suprématie, mais c'est une qualité d'optimisme qui suscite le dépassement de soi et assure la marche du monde. Ne produit-il pas le souffle recherché pour faire avancer les radeaux de nos méduses ?

C'est tout le problème de la recherche de l'équilibre personnel. L'éducation doit amener petit à petit un individu à ne pas se refermer sur lui-même, mais à penser que sa prise de conscience l'oblige à assumer son destin dans une symbiose évolutive avec les autres.

Pour atteindre cet objectif, la psychologie a montré ses limites.

Un certain nombre d'évidences exprimées devant un auditoire de bonne volonté a peu d'influence sur le comportement de ces mêmes personnes. Elles peuvent être de l'avis du conférencier, mais elles préfèrent le plus souvent continuer à agir contre leur propre pensée dans une fuite en avant, plutôt que de modifier leur quotidien. 

On peut voir des idéalistes à vingt ans qui deviennent des adultes velléitaires, car ils trahissent ce qu'il y avait de meilleur en eux. On peut voir des groupes politiques porteurs d'espérance qui perdent alternativement le pouvoir dans une carence hémiplégique, pour n'avoir pas su remettre en question leur pseudo réalisme qui ne place pas le corps social sur les deux jambes de l'homme debout. 

De nature, le sport figure déjà une réponse constructive, à l'aune de son esprit de justice et de solidarité. Mais, il doit lui-même à présent mettre l'accent sur plus de rigueur et de créativité pour transformer le sens hésitant du droit en une conscience ferme du devoir, du devoir de respect de soi-même qui conditionne le devoir d'entreprendre pour promouvoir les valeurs humanistes.

Nous lançons un appel aux « pataugeurs » qui se délectent à se vautrer dans les lieux communs et les idées reçues, en s'abandonnant aux reniements moraux de l'esprit moutonnier.

« Pour faire le bien, il faut gravir ; pour faire le mal, il suffit de se laisser glisser », nous dit VOLTAIRE. 

Nous lançons un défi aux esprits retors, avides de pouvoirs et d'honneurs, qui vampirisent la spiritualité humaine au mépris de la liberté, de l'égalité et de la fraternité. 

* De quel droit républicain une catégorie de citoyens s'arrogerait-t-elle le privilège de manifester un snobisme frelaté de baronnie de bazar, avec une condescendance obséquieuse et discriminatoire ? S'agit-il d'une tentative insidieuse de réinstauration de prérogatives régaliennes, déguisées en paternalisme mièvre, cette nouvelle forme de racisme catégoriel qui trahit notre mémoire culturelle ? 
Il n'est d'élitisme sociologique acceptable que celui respectant les valeurs républicaines. Il n'est d'aristocratie que celle de l'âme.

* De quel droit républicain les formules intellectives de rattrapage citoyen et les thérapies sont-elles généralisées et curieusement valorisées dans les média, aux dépens d'une libération et d'une éducation de tout le potentiel humain capable de briser le cercle étroit dans lequel nous nous enfermons tous ?

S'agit-il des prémices d'un nouvel obscurantisme tendant à subordonner l'ensemble du peuple français à des pouvoirs occultes établis en réseaux non républicains, au fallacieux prétexte de protéger les valeurs de notre société ? Quelles valeurs ? Quelle société ?
Il n'est de société française acceptable que celle des droits de l'homme.
Il n'est d'éducation recevable que dans le respect des devoirs par tous les citoyens. 

* De quel droit humain ou citoyen la formation de l'enfant devrait-elle conditionnée par une prépondérance de la musique qui éthérise ou dilue l'imagination dans les mondes de l'ivresse, et non par celle de l'expression gestuelle qui révèle et affermit le caractère dans les mondes du rêve ? S'agirait-il d'un conditionnement au pessimisme, essence de la musique, voire à l'exaltation Dionysiaque des sentiments à travers la télévision hégémonique qui crée une dépendance pouvant provoquer une frustration ou une vacuité de l'esprit par son décalage avec le sens de la réalité ?
Il n'est de formation acceptable de l'enfant que celle faisant primer l'optimisme de la raison Socratique et de la vitalité Apollinienne structurant son esprit et son espace environnant, sur toute influence pessimiste ou dispersante entraînant elle-même à terme le besoin d'un soutien psychologique. 

La formation de l'enfant doit être dégagée de la prégnance déprimante des interventions arbitraires à fondement thérapeutique, portant à croire qu'il est nécessairement un malade.

Avant d'être contre la maladie, il faut être pour la santé. C'est la mission première du sport éducatif, dans l'exigence de liberté et de dignité.

Primauté de la formation individuelle sur la formation collective

Notre société semble avoir adopté insensiblement le concept émis par Alfred ADLER dans les années 30, s'appuyant à juste titre sur « le désir de perfection », mais selon lequel « ce n'est pas l'individu qui peut être le but d'un idéal de perfection, mais plutôt l'espèce humaine en tant que communauté coopérante ». 

Certes, la prééminence de l'espèce humaine n'est pas discutable et conditionne des devoirs.
Mais, nous ne voyons pas comment une communauté coopérante pourrait atteindre à une « perfection » sans passer par la recherche d'une « perfection » de chaque individu qui la compose, considérant, de plus, que les groupes ne réunissent pas les hommes autant qu'ils les divisent dans l'affirmation de leur personnalité.

L'éducation sportive redresse cette tendance fâcheuse en ne permettant pas de confondre les effets avec les causes, la finalité avec l'origine, car la loi biologique : « la fonction crée l'organe », y prime la loi sociologique : « le milieu conditionne le comportement », qui dénature et limite l'expression de l'individu. Aussi, les références artistiques ou esthétiques appropriées à l'évolution des pédagogies, ne sauraient dériver d'une priorité accordée à quelque réflexion globalisante.

Si la beauté d'une chorégraphie chinoise peut impressionner, dans un instant spectaculaire, il ne faudrait pas perdre de vue la philosophie qu'elle suppose dans une volonté de puissance considérée comme une vertu du groupe, mais qui enserre en réalité la liberté individuelle avec le lacet de la cause commune, symbolisé par le « fascio ». 

L'espérance de vérité et de justice se trouve dans le cœur de l'homme et non dans la beauté de chœurs pouvant faire prendre « des vessies pour des lanternes » aux groupes béotiens qui ne voient pas la lumière humaniste de la conscience individuelle, à l'instar de ce proverbe chinois : « Quand le sage montre la lune, l'idiot regarde le doigt ». 

Le principe d'une société idéale dans laquelle la coopération entre les hommes se substituerait comme par miracle à la lutte compétitive est un phantasme qui sommeille dans l'esprit des hommes, dans leur espérance de la beauté d'un monde où vérité et justice seraient confondues. 
« Si tous les gars du monde pouvaient se donner la main », est un bêlement.

Les prosélytes de « l'idéal sportif » favorisent les récupérations idéologiques qui transportent la naïveté humaine vers quelque « inaccessible étoile », dans un rêve qui éloigne des réalités. 

La réalité du sport permet d'éviter cet écueil de l'espérance d'une beauté platonique dont la concrétisation parfaite se confond avec la mort corporelle, car il fait rayonner la beauté de l'expression instinctive de la vie, dans l'esprit du jeu et de la fête. 

Les petits animaux jouent à se battre et sont gracieux ; les peuplades primitives miment en dansant les scènes guerrières et leurs expressions sont empreintes de beauté. 

Toutes les cultures développent des notions particulières de la beauté qui traduisent leurs propres valeurs et s'enrichissent mutuellement de leurs différences, car toutes les expressions esthétiques de par le monde ont une même référence : la nature, et un même instrument de mesure : l'homme.

Nous savons que, partout, les germinations esthétiques issues de la nature et modelées par l'esprit favorisent la belle apparence des mondes du rêve que tout homme sait créer en artiste accompli, car, de tout temps, il a pris pour modèle sa propre image.

Ainsi, l'humanisme, le sport et l'art ont en commun la mise en œuvre de la pensée, du corps et des sentiments de l'homme, et il existe autant d'humanismes, d'expressions physiques et culturelles que d'individus, que de formes sociales, que d'ethnies.

Mais, seul, le sport a le privilège de les harmoniser dans une dynamique vivifiante, grâce à son expression instinctive codifiée et à son langage gestuel universel générateur de valeurs humanistes, illustrant ce propos de Jean ROSTAND : 
« Les sagesses de l'instinct nous protégent contre les dévergondages de la raison ». 

Primauté de l'esthétique sur le résultat

Le sport est de plus en plus considéré comme un art figuratif illustrant la transformation positive de nos mentalités, ponctuée par l'esthétique gestuelle du champion.
Et, cet artiste de l'agression codifiée porte la lourde charge de l'exemplarité auprès de la jeunesse, alors qu'il est lui-même perturbé par une fluctuation de ses valeurs de référence.

Si le sport actuel parait produire des champions à la belle allure, c'est à eux seuls qu'il le doit. Car, la culture sportive est stérile lorsqu'elle participe d'un métissage de genres hétéroclites plutôt que d'un panachage de vertus essentielles. 

A travers l'expression du champion, les pratiques sportives paraissent avoir atteint un stade où elles traduisent la conjugaison harmonieuse de l'esthétique et de l'efficacité. C'est une illusion d'optique.

Nous voyons l'entraînement poussé du sport de haut niveau déboucher sur un athlète à l'allure non dénuée de beauté plastique que la victoire transfigure momentanément.  Mais l'esthétique ne se trouve dans le sport de compétition que dans l'image représentative du champion, alors que son éducation la nie dans une application stricte d'une technique élaborée. Cette spécialisation ne dégage d'esthétique que dans quelques gestes aboutis du spécialiste, et il n'en tire pas d'enrichissement personnel immédiat, parce qu'il n'en est pas plus conscient que le « travailleur à la chaîne ». 

Une telle conception de l'éducation est aujourd'hui sanctionnée pour sa faiblesse et sa limite, alors que nous n'exploitons pas, loin s'en faut, toutes nos possibilités.

Si le champion de notre temps est un sujet qui échappe encore au conditionnement qu'il a subi, celui de demain, spécialisé dès le berceau, ne deviendrait ainsi qu'un individu robot au talent préfabriqué et qui ne trouvera pas d'épanouissement dans une stricte technicité.

C'est pourquoi, l'esthétique ne doit plus être le parent pauvre de l'éducation sportive en devoir d'orienter l'homme vers son plein accomplissement, d'autant que l'harmonie du geste alliée à un esprit sportif rigoureux peut conduire à une efficacité supérieure dans une sur psychologie de l'action.  Car, si notre analyse est assez fine, elle démontrera que l'esprit sportif est synonyme d'efficacité maximum, ce qu'hypothèquent les joueurs, entraîneurs et dirigeants plus soucieux de l'enjeu de leur propre carrière que de l'enjeu de leur exemplarité auprès de la jeunesse. 

L'esprit sportif se reconnaît à la lucidité dans le jeu et à l'humilité dans la vie.

Il est temps de remettre en question la notion d'efficacité que notre époque subordonne à la recherche du résultat provisoire et de la victoire à tout prix entraînant le sportif à transgresser les règles. Il conviendrait de prendre conscience que l'étude du mouvement parfait dans l'esprit sportif est la signification la plus positive de la pratique du sport, car elle est génératrice d'efficacité maximum, comme nous le rappelle Jean CHARBONNEAU dans son ouvrage « Jeux et Sports du Monde Antique » :

- « Apollon est le modèle athlétique par excellence ; il battait à la course Hermès lui-même, le messager aux talons ailés, et au pugilat, Arès, le Dieu de la guerre ».

N'en doutons pas, il s'agit là de la meilleure propédeutique pour prévenir le dopage.

Ainsi, la deuxième mission pouvant être assignée à notre système éducatif n'est-t-elle pas de rehausser les valeurs de l'esprit sportif pour élever le comportement à travers l'esthétique et la perception du Beau ?

Une activité sportive n'a de véritable sens que si elle débouche sur le goût de se surpasser et le désir de perfection. L'homme ne pourrait trouver dans la laideur, l'estime et la satisfaction de soi, la conscience de ses possibilités, ni le désir de persévérer et de s'améliorer. 

Son épanouissement ne peut se réaliser qu'en s'orientant vers la beauté. L'amour du beau est une inclination naturelle qui se manifeste dès les premiers âges. C'est un sentiment commun qui rapproche les hommes en dépit de toutes les divergences nées de l'opposition des intérêts.

Partout où sont perceptibles les notions d'harmonie, de synthèse, l'être,- même le moins évolué – éprouve une sensation intime qui le sublime, et le plaisir de communiquer cette sensation, ce sentiment du beau, cette pensée noble qui surgit, représente un privilège personnel et un bienfait humaniste universel.

Le sport n'atteindra ce but éducatif que si, par delà les vertus de la lutte et de l'apprentissage de règles communes, il favorise l'expression de la beauté par l'harmonie corporelle et mentale que sa vitalité ludique peut conduire vers une élégance du geste et de l'esprit sportif, prélude à un art de vivre.

L'expression sportive et l'art gestuel

Présenter un beau spectacle dans le sport est facultatif, bien que souhaitable. L'expression sportive doit tendre à s'élever vers l'art sans y être tenue par une obligation de fonction.

Quand le sportif cherche délibérément à privilégier « le spectacle » pour satisfaire artificiellement un public au goût douteux qui se repaît de « guignolades », sa prestation, fût-elle belle, ne saurait se référer à l'expression instinctive qui authentifie le sport et l'art gestuel.
Selon l'école grecque du 4è et 5è siècle avant notre Ere, c'est l'instinct qui créa l'art et la danse est la première expression instinctive de l'art. Mais, selon Etienne DUCROUX : « …elle n'a pas de mesure à prendre, semble-t-il, et ne craint pas le mur qui punit les élans…». 

Sa forme classique à l'écoute de la musique, cherche à retrouver l'unité première du corps et de l'âme, et à les souder hors du temps pour célébrer l'identification à l'impérissable.  La danse classique propose ainsi une forme dramatique de l'expression personnelle tendue vers un mysticisme démissionnaire qui, selon Antonin ARTAUD :« …est le propre de la démarche du théâtre oriental à tendances métaphysiques, conscient de son origine divine et donc soumis à son attirance ». 
Lorsqu'elle recherche dans le divin des raisons d'espérer au bout d'un cordon ombilical au goutte à goutte musical, la danse traduit les tendances pessimistes de notre fin de civilisation, rejoignant la pensée orientale qui fait de la mort corporelle et du néant le principe majeur de l'existence temporelle. 

Elle tire l'échelle derrière elle dans la voie prédestinée de la mort-salut aux charmes diaboliques.

Or, depuis les premières chorégraphies de Maurice BEJART, conjurant un excès autodestructeur qui reflétait notre fin de civilisation, on a pu la voir se replier dans des expressions moins mystiques et désormais plus humaines dans sa forme moderne,- dont Rudolf NOUREEV a figuré l'étoile entre deux mondes - jusqu'à la retrouver au sein du sport, cherchant sa sauvegarde et y trouvant sa renaissance.
Lorsque le langage gestuel de la danse est à l'écoute des seules sensations corporelles, il offre la première référence artistique à l'éducation sportive,pour exprimer les rêves, les sensations et les sentiments jusqu'à une libération de la pensée qui fonde l'art du mime, dans un silence total qui ouvre un passage et ne le coupe pas dans un mutisme. 

Par ce silence, ce « non dit » qui en dit plus long que les meilleurs discours, le sport, la danse et le mime participent d'une même obédience philosophique, entretenant la fierté d'exister, consciente et fraternelle, sans se désolidariser du réel et de ses exigences, sans avoir recours à l'assistanat divin de la musique pour sanctifier le drame du combat humain. 

A l'instar de la danse et par excellence du mime, le sport rend l'invisible visible, de l'extériorisation de l'agressivité à son inhibition vers la sérénité, lorsque le pratiquant quitte sa démarche prométhéenne voulant voler le feu aux « dieux » et qu'il parvient à styliser un sens intelligible du monde. 

Le sportif expulse son mal être par son agressivité confrontée avec des éléments extérieurs, alors que le mime l'ignore dans une conscience profonde de soi lui permettant d'exprimer le malaise de la pensée, tant « c'est dans le malaise que le mime est à l'aise », comme nous l'a dit Etienne DUCROUX. 
Grâce à son introspection consciencieuse de Clown blanc, le mime transforme le malaise de la pensée en un message de vie, politesse du désespoir qui ennoblit l'humour en manifestation de supériorité de l'Homme sur ce qui lui arrive.  A son encontre, l'Auguste extraverti « aux grands pieds », rigolard pour tromper son angoisse, tourne les prétentions de l'homme en dérision, avec le grand mérite de faire rire et de rassurer les enfants.
Mais que dire des « Augustes au petit pied » du théâtre de la vie sociale, Tartuffes irresponsables et néanmoins les plus médiatisés, dont l'humour inconsistant est en réalité une ironie visant à la mort de l'esprit de l'autre pour s'emparer de sa prébende, sinon de son énergie vitale.
Il existe des voleurs d'âmes, comme il existe des voleurs de chevaux.

Ignorant cette spéculation propre aux invertébrés moraux, le mime exprime la sagesse par le mouvement gestuel synonyme de vie, du haut du corps figuré par Jean-Louis BARRAULT, jusqu'à son expression totale avec une compensation musculaire dans le personnage BIP de Marcel MARCEAU, rejoignant ainsi l'expression sportive, comme il en a remercié le créateur du Panaché de combat français, Maître Roger LAFOND, après s'être inspiré de ses gestes de feinte ressemblant à du mime. 

Par son expression artistique, le mime affronte la dualité du temporel au-delà des rites et de l'échelle des rythmes, et lui donne une signification de justice qui est le fondement du monde au-delà des oppositions et des contraires.

C'est dire l'importance de sa valeur ajoutée pour l'éducation à tous les âges de la vie quotidienne ; l'importance du caractère de sa « pensée gestuelle » dans un « savoir être mime » et non un « savoir faire le mime », comme l'enseignait Claude MARTY à l'Ecole de Claudine DEBESSON, à Toulon.

En effet, si le théâtre d'auteur permet un « savoir faire l'acteur » en se dérobant du « savoir être » par une technique du geste ou de la voix, le mime exprimant sa propre pensée l'autorise très peu, et le sport l'exclue par nature de ses pratiques. 

« Savoir être sportif » est la moelle épinière naturelle de la sincérité, alors que « savoir faire le sportif » en est le squelette dans une mystification que s'autorisent quelques bouffons de stade.

L'expression gestuelle du sport représente le premier palier d'une manifestation de l'authenticité, offrant la possibilité complémentaire d'une expression mimée de la sincérité de la pensée, illustrée notamment par le patinage artistique, la gymnastique rythmique et la natation synchronisée.
Ces disciplines mi-sport/mi-art nous permettent de mieux discerner leurs deux aspects gestuels : l'énergie motrice engagée dans une action sportive initiale y est peu à peu distanciée jusqu'à produire un mouvement dépourvu d'agressivité, exprimant une pensée supportée uniquement par la sensibilité. 
La différence de principe entre l'art et le sport est ainsi figurée par ce geste final spiritualisé qui est le propre de la danse, ou par le geste construit du mime qui lui donne une signification personnalisée.

A cet instant, le sportif transcende son expression instinctive pour rejoindre ses propres mondes du rêve et la grâce de l'enfance, communiquant aux autres sa perception de l'art libérateur qui précède la philosophie et la science.

Selon un sage proverbe : « Si tu veux tracer ton sillon droit, accroches ta charrue à une étoile ». 

Toutes les disciplines sportives permettent de sublimer l'héritage émotif et culturel par la beauté du geste, sans autre considération d'une hiérarchie de valeur artistique.

Comme l'a dit le grand COURTELINE, se souvenant du petit Georges MOINEAU : « Il n'est pas de genre inférieur, il n'est que des productions ratées. Et le bouffon qui divertit prime le tragique qui n'émeut pas ».

Nécessité d'une éducation à la conscience de soi face à la violence

Pour conclure, je compléterais cette justification du sens de notre démarche du jour, par les réponses que peut apporter le traitement des thèmes des trois Tables rondes à la recherche d'une prévention efficace de la violence, dont nous a chargé le Comité Olympique que nous remercions de sa confiance à travers son Président Henri SERANDOUR dont le soutien ne nous a jamais manqué. 

La mise en place depuis 25 ans d'une gestion sécuritaire du comportement des supporteurs de sport n'a pas changé les mentalités, car elle ne saurait transcender le comportement héréditaire. 

Au contraire, comme dans les rapports amoureux, les troubles de l'esprit dans les rapports de force conduisent de plus en plus le monde du sport à se fourvoyer dans une agitation de frustrés où l'emphase des émotions déborde l'intelligence réfléchie, par un obscurcissement des consciences. 

Il devient indispensable de responsabiliser l'individu dans une conscience de soi respectivement tributaire d'une maîtrise du corps et de l'agressivité, d'une créativité libératrice dans un mouvement gestuel artistique, d'un engagement humaniste et citoyen propres à l'éducation sportive. 

En faisant primer les vertus de l'apparence des mondes apolliniens du rêve sur les vices des mondes dionysiaques de l'ivresse, jusqu'à nos jours prééminents dans les rapports de l'homme et de l'univers - cette formation tripartite à la conscience de soi pourrait ainsi sûrement prévenir :
- d'une part, les manifestations barbares d'un « inconscient collectif démissionnaire » qui, un demi siècle après l'Hitlérisme, réapparaissent autour du sport ;
- d'autre part, les conséquences de l'exacerbation de la libido par la télévision, aggravant un déséquilibre mental qui se profile dans les chemins tortueux menant aux assassinats d'enfants. 

La violence dans le sport provient de problèmes de société, dont il peut traiter quelques causes.

Aussi, le sport médecin ne doit pas être plus atteint que le malade qu'il doit soigner.
Sa « démocratie d'identité » en marche ne doit pas être diabolisée en « bouc émissaire » d'une incapacité politique à prévenir les nouvelles formes de domination de l'homme par l'homme. 

Aujourd'hui, le devoir d'éducation ne saurait faire primer les pratiques d'éveil de la libido sur la maîtrise psychologique de l'agressivité, tant la philosophie permissive qui en découle depuis trente ans nous a conduit tout droit dans le mur de la violence et à la perte du pouvoir d'action illustrée par le mythe de Sisyphe, symbole de la condition humaine que le sport peut exorciser, car le devoir de l'effort y est un plaisir. 

« Une société se transforme, nous dit André MALRAUX dans la Condition humaine, lorsque son élément le plus douloureux devient tout à coup une valeur … ».

Il est devenu inconséquent de focaliser les pédagogies sur une recherche effrénée du plaisir qui draine l'ambiguïté du désir de jouissance imprégnant suffisamment l'esprit dès la naissance pour n'avoir pas besoin d'une stimulation institutionnelle. 
Et, s'il est gai de voir un champion narcisse s'en faire le zélateur, il est triste de s'apercevoir que la séduction personnelle prime les valeurs communes dans des medias serviles qui dénaturent le sport.
Car, il est impossible de réaliser des exploits sans prendre du plaisir dans le jeu ou dans le devoir de lutter. Et, qu'il s'agisse d'art éducatif, d'art rééducatif ou d'art thérapie, l'art est également à tous les âges de la vie une source de plaisir à travers la rigueur dans l'action.

Plus que la quête d'une réussite sociale, le véritable moteur du compétiteur sportif est la recherche d'une libération de son angoisse existentielle par l'affirmation de soi.
Et, la victoire en perspective le conduit finalement à la rigueur et à l'altruisme, cet amour généreux d'autrui qui renvoie à l'estime et à l'amour de soi-même dans le partage de l'action et de ses mérites. 
L'esprit sportif met fin au débat cornélien opposant « l'amour d'une passion à l'honneur d'un devoir », tout simplement par « l'amour d'une passion POUR l'honneur d'un devoir ». 

Le terme « amour » étant pris dans le sport au sens du goût prononcé pour l'action, l'éducation du 3è millénaire ne devrait-elle pas subordonner l'amour du plaisir à l'amour de l'action, pour dynamiser le comportement de l'individu en proie à un déséquilibre physique et mental ?

Nous touchons là le problème de fond, car ce déséquilibre est la véritable cause de la violence.

La recherche du perfectionnement individuel est en partie liée à la reconnaissance de sa valeur personnelle, et il y a un fossé entre l'homme tel qu'il est et celui qu'il rêve ou croît être. 
Ce problème est lié aux anomalies de croissance mentale qui prennent leur source dans la difficulté de juxtaposition de ces deux images de soi : l'une proche de la réalité, l'autre utopique.

Amener l'enfant à constater ce phénomène devrait provoquer chez lui une introspection bénéfique, sans laquelle il développe une image de soi utopique, l'engageant à un jeu de scène fidèle à un personnage auquel il s'identifie. 
Il se cache ainsi derrière un masque et cette tricherie se répercute dans sa vie d'adulte, hypothéquant ses valeurs morales. 
L'individu qui prend le mirage pour une réalité absolue doit redouter de voir un jour son masque arraché et le héros qu'il s'imagine être jeté de son piédestal, lui faisant perdre sa confiance en lui-même, ce qui est la cause de nombreux troubles de la pensée et un facteur d'incommunicabilité pouvant se traduire par un isolement propice à la violence.

Observons que ce fossé entre l'individu tel qu'il est et celui qu'il rêve d'être a aujourd'hui des incidences sociétales dans une fracture entre le réalisme et l'esprit fair play, la plus écartelée en Angleterre qui est le pays référentiel de ces deux valeurs et où s'est développé le hooliganisme.

A l'évidence, l'exportation de sa culture ambivalente sur les ailes hégémoniques de la langue anglaise n'a pas réussi à purger son mal endémique déguisé avantageusement, et son arrogance perfide en réaction à ses frustrations pathologiques est une tricherie inélégante qui ne saurait représenter la panacée du fair play ni celle du « savoir être » nécessaire à l'épanouissement de l'homme.

Voyons aussi que les modes de pensée et d'agir importés d'extrême orient sont coercitifs, ce qui ne favorise pas la libération vivifiante des facultés de l'occidental latin conditionné par son acquis historique et son héritage émotif et culturel particulier. 

Pourtant, la France humaniste en nourrit son « coq glorieux » et ses contradictions, se délitant sans y prendre garde dans une dilution de sa culture et une déliquescence du lien social, jusqu'à favoriser l'installation de clivages culturels néfastes aux relations intergénérationnelles et au devoir de mémoire. 

Être le pays référent des Droits de l'Homme et du citoyen lui fait prôner la tolérance généreuse au point d'assoupir la méfiance, ce dont pâtit la Francophonie face aux aigles à deux têtes. 

Aussi, la France devra bientôt se décomplexer et se déculpabiliser pour assumer le grand dessein qui s'offre à elle dans le droit fil de son histoire :l'instauration d'une dynamique humaniste capable de fédérer les consciences au dessus des replis protectionnistes et des conquêtes moyenâgeuses. 

Car, pour juguler la violence à l'intérieur d'une communauté, l'éthique humaniste de la démocratie française présente les meilleures garanties d'efficacité avec la liberté d'expression des citoyens qui, par principe de droit, ne sont pas assujettis à un pouvoir figé, décrété supérieur ou d'essence divine, se substituant à leur personnalité. 

Or, le fait que de plus en plus de français assoupis soient enclins à satisfaire une nostalgie royaliste dans un déficit de citoyenneté, alerte-t-il les Pouvoirs publics à hauteur de leurs responsabilités ? 

Il est urgent d'inculquer ou de rappeler aux trois âges le devoir de mémoire et l'impérieuse nécessité d'une élévation morale, génératrice d'un esprit de justice et de solidarité manifesté au quotidien, avec la garantie du respect des générations à venir, de tous les peuples de la francophonie et au-delà. 

Le support privilégié de cette pédagogie du futur est à l'évidence l'esprit sportif, vecteur d'une conscience universelle en mouvement et bras de levier prédestiné de la spiritualité laïque, sinon d'une mystique de la laïcité, dont l'optimisme accompagne le développement du sport mondial et suggère déjà aux philosophies éclairées de refaire les gammes de leurs psalmodies pessimistes. 

Au-delà du marivaudage des « Jeux de l'amour et du hasard » et des pantomimes des « Jeux du cirque », le citoyen sportif est invité à réconcilier en lui-même « l'amour du plaisir et l'amour de l'action », et à leur donner un sens constructif dans un nouveau concept où le devoir devient un plaisir : « l'amour du plaisir dans l'action », tremplin de sa liberté psychologique et d'un altruisme régénérateur.

Comme nous le dit Florent FELS dans l'Art et l'Amour : « Après avoir fait d'une fonction un plaisir raffiné, l'homme doit créer un nouvel art d'aimer, à son tour générateur de l'amour dans l'art ».

 Réaction aux évènements 

Notre comité d'éthique s'exprime sur les faits d'actualité.
Retrouvez les coups de coeur qui soulignent les beaux actes Fair Play et les coups de gueule qui sanctionnent les violences et l'irrespect des valeurs du sport.

 Ethique sportive par le ministère des Sports

Listes de guides pour vous aider à parler de l'éthique sportive
Ethique sportive pour les dirigeants
Ethique sportive pour les entraineurs
Ethique sportive pour les sportifs
Guide juridique violences incivlités discriminations

 Dates à retenir

Jeudi 23 mars 2017
Assemblée Générale Elective 2017 à la Maison du Sport Français

Mercredi 26 avril 2017
Rassemblement annuel, lieu et thème à venir

Mercredi 31 mai 2017
Date limite de remise des dossiers pour les Prix nationaux du Fair Play IRIS DU SPORT 2017

Jeudi 30 novembre 2017
Cérémonie de la remise des Prix nationaux du Fair Play IRIS DU SPORT 2017 au CNOSF



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