ASSOCIATION FRANCAISE POUR UN SPORT SANS VIOLENCE ET POUR LE FAIR PLAY

 
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Fair Play AFSVFP
Esprit Sportif et santé
RASSEMBLEMENT NATIONAL
« ESPRIT SPORTIF ET SANTE »
Priorité vitale

du 5 avril 2007 à Paris

Sens de la démarche et présentation des travaux
Par Albert BEGARDS
Président de la Commission des Rassemblements

Monsieur le Président du Comité National Olympique et Sportif Français,
Monsieur le Président de séance,
Mesdames et Messieurs, Chers amis,

Au nom des membres de la Commission des Rassemblements de l’AFSVFP, j’ai le plaisir de vous saluer et de vous commenter le sens de nos travaux du jour sur un thème majeur.

En 26 années d’existence, notre association nationale a publié 20 ouvrages, parmi lesquels « Ethique et Dopage » porte les actes des travaux du Congrès Européen du Fair Play de 1999, avec les interventions des représentants de 30 pays et celles de spécialistes éminents dont il convient ici de relever l’essentiel des propos ouvrant sur la réflexion proposée par « Esprit Sportif et Santé » :
- Emmanuel HIRSCH, Docteur en Philosophie, Directeur de l’Espace Ethique de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, dégage des pistes de réflexion et d’action concrète, notamment la nécessaire mise en place d’une politique de prévention et de veille sanitaire qui affirme les droits fondamentaux à la santé. Il propose d’instituer des médiations favorables à l’échange dans l’élaboration de choix et de projets communs, tant « …un homme n’est pas réductible à son sport ou à ses performances… », et aussi d’analyser les règles au regard de l’éthique pour leur redonner une légitimité ;
-François ALAPHILIPPE, Professeur de Droit, Secrétaire Général du Comité National Olympique et Sportif Français, rappelle les limites et l’espace des règles sportives : « la règle sportive est fondatrice et universelle,… mais la loi est plus efficace par sa plus grande couverture de terrain ;
-Michel BARAT, Directeur Général de l’Université Léonard de Vinci de Paris La Défense, soutient que la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme est une référence qui s’impose à tous pour le respect de la personne « …le sportif n’est plus un professionnel comme les autres à partir du moment où le monde du sport est devenu l’image dominante en termes d’éducation et en terme social… » ;
-Claire CARRIER, Médecin Psychiatre Psychanalyste à l’Institut National des Sports et de l’Education Physique (INSEP), considère les déterminants psycho-sociologiques pour les populations à risque, ainsi que les problématiques : exaltation du langage du corps, rapport à l’exigence d’autonomie et à la pensée magique : « …le dopage est forcément une conduite et un comportement avant d’être la prise d’un produit exogène… » ;
-Jean LANGLOIS, Professeur de Médecine, Section Santé Publique, Vice Président du Conseil National de l’Ordre des Médecins, décline les articles afférents aux devoirs du Code de Déontologie Médicale consigné dans le Code de la Santé Publique : « Le dispositif n’a qu’un seul but : préserver la santé des individus, même si ce sont des sportifs et, s’il le faut, malgré eux » ;
-Gilbert PERES, Médecin du Sport, Chef du Service de Physiologie et de Médecine du Sport à l’Hôpital de la Pitié-Salpétrière, propose : « …un Code de l’Expert scientifique à l’instar du Code du Sportif de l’AFSVFP, et aussi de définir des statuts avec les pouvoirs publics concernés… ;
-Claude-Louis GALLIEN, Professeur de Biologie à l’Université de Médecine de Paris, Ancien Président de l’ex-Commission Nationale de Lutte contre le Dopage, déclare que « nous vivons dans une société de la performance, fondée sur le profit, la réussite individuelle et qui oublie de plus en plus le partage, la solidarité et les valeurs humaines les plus élémentaires… » ;

Nous sommes aujourd’hui réunis pour rechercher dans l’Esprit Sportif les éléments constitutifs d’une bonne santé de l’individu citoyen, sinon de notre société pessimiste où le taux de suicide est un des plus élevé du monde occidental et où la médiatisation de la maladie et de la médicalisation prime la médiatisation de l’éducation préventive qui représente pourtant LA priorité vitale.

RECONNAISSANCE DE L’ESPRIT SPORTIF COMME VECTEUR EDUCATIF

Le sport est, à l’évidence, le vecteur éducatif majeur susceptible de permettre à l’Homme de résister à l’agression de notre société déboussolée et « anthropophage », s’il reste capable de proposer aux enfants une philosophie optimiste dans le respect de leurs vertus innées et de la loi républicaine.
De fait, le sport n’est qu’un véhicule, et ce sont les vertus humaines du conducteur exprimées dans le respect des règles communes qui constituent ses propres valeurs éducatives.
Sans cet humanisme citoyen, l’éducation par le sport ne serait que l’apprentissage à un fonctionnement social mécanique, formatant l’individu aux dépens de son épanouissement personnel et de ses droits républicains.
Sans l’esprit sportif fair play, le sport ne peut pas être considéré comme un vecteur éducatif proprement dit ; il ne serait que le support économique ou le vecteur idéologique d’une robotisation de l’intégration de l’individu dans les groupes sociaux et universels, le complice de son asservissement.
Il irait ainsi à l’encontre de l’éducation au « savoir-être » en bonne SANTE MORALE et au « savoir-faire » pour une bonne SANTE SOCIALE, facteurs interactifs de SANTE HUMANISTE.

Aussi, notre réflexion s’appuyant sur les interactions entre le Sport et la Santé, devrait éviter un débat récurrent sur la notion de « Sport = Santé », étant bien compris :
- d’une part, que les dérives actuelles du sport de compétition débouchent déjà sur une mauvaise santé morale, sociale et humaniste ;
- d’autre part, que la nomination en terme positif de tout aspect négatif, jusqu’à des appellations qui récupèrent le terme « santé » pour désigner une forme de prévention du dopage ou de maladies, révèlent en soi une tromperie, dans une dérive néfaste des valeurs communes et de la notion de santé.

Ne pas donner aux mots leur véritable sens est une atteinte à la mémoire culturelle qui concourt à une déstabilisation et à un isolement pouvant devenir pathologique dans une perte des repères, vers un abandon des valeurs de civilisation.
Notre compréhension humaine du mensonge charitable à un malade ou de l’euphémisme « Carnet de santé » pour désigner le Carnet de maladie, ne saurait cautionner l’esprit humanitaire caritatif jusqu’à accepter de le voir se substituer peu à peu à l’esprit de justice républicain.
De même, l’importance prise par le discours politicien sur « l’écologisme »,- définissant un courant de pensée tendant à la protection de l’environnement – occulte et récupère la science de « l’écologie » qui étudie concrètement la relation des êtres vivants entre eux et avec leur milieu, ce qui concerne précisément l’éducation et notablement l’éducation à l’esprit sportif pour une mesure des phénomènes à l’échelle humaine favorisant l’évolution collective dans l’harmonie.

L’apprentissage des valeurs du sport au service de la santé morale, sociale et humaniste, ne constitue-t-il pas la formation de base rigoureuse au respect de soi-même, prédisposant le plus sûrement au respect de l’environnement, du quotidien à la problématique planétaire ?

C’est dans cette perspective que l’AFSVFP a intitulé le thème du jour « Esprit Sportif et Santé » ; il aurait pu se nommer « Esprit sportif et Bonne Santé, car l’ESPRIT SPORTIF est, par définition, forcément BON. Il n’existe PAS DE MAUVAIS ESPRIT SPORTIF, il existe uniquement une mauvaise interprétation des vertus de l’Esprit Sportif.
La force de l’esprit sportif est de rassembler les individus par leur adhésion au respect de valeurs communes sans tenir compte de leurs différences politiques, philosophiques ou religieuses, et uniquement en dynamisant la recherche du dépassement de soi en harmonie avec celle des autres.
Cette sagesse de l’Esprit Sportif honore les 704 membres de l’AFSVFP, dont 427 structures, parmi lesquelles 75 fédérations, 104 CROS et CDOS, et le CNOSF lui-même, qui lui a conféré une « délégation de mission permanente », et dont le Président Henri SERANDOUR a toujours soutenu l’action, ce dont nous lui sommes très reconnaissants.
Après avoir associé l’Esprit Sportif aux Devoirs et Droits, à la Laïcité, à la Citoyenneté, puis à l’Ethique de Vie, le thème «Esprit Sportif et Santé » ouvre un champ de réflexion plus large.
Il nous impose de l’asseoir par principe sur l’assertion provocante de l’écrivain espagnol Miguel de UNAMUNO : « L’Homme qui pense est un animal malade », car elle nous rappelle opportunément que l’éducation d’un enfant est pour partie l’éducation d’un petit animal et de ses instincts, dans une formation de l’esprit visant à ce qu’il devienne un homme réfléchi et volontaire.
Aussi, entre la bonne santé de l’animal vertical et différentes formes de maladies potentielles de l’Être humain, il existe la relative bonne santé de l’individu citoyen confronté à un rythme de vie fébrile et anti-naturel, au sentiment d’injustice qui mine le moral des plus défavorisés, aux dangers de sa dispersion mentale, ainsi qu’à la dégradation à terme de ses facultés.

C’est pourquoi, avec un considération due à tout handicap, le thème du jour offre un axe de traitement majeur en réponse à une seule question : quelle éducation dans l’esprit sportif pour rester en bonne santé le plus longtemps possible ?

Cela suppose de réagir d’abord aux atteintes les plus flagrantes à la santé de l’esprit de justice et de solidarité du sport, résultant de son instrumentalisation, de la manipulation des champions, des citoyens supporteurs et d’autres jeunes sportifs, défavorisés ou non.
Mon rôle étant ici de dégager des pistes de recherche, j’ai l’honneur de vous soumettre une adaptation de l’exposé que j’ai présenté au nom de l’AFSVFP lors de l’Assemblée Générale de la Fédération des Associations de Supporters de Football du 25 juin 2005, soit quatre mois avant les événements dans les banlieues, et deux ans après avoir, avec Eugène-Henri MORE, ici présent, alerté la Commission Nationale de Prévention et de Lutte contre la Violence, réunie à la Place Beauvau, qu’une lame de fond était imminente.

LES JEUX SANS LE PAIN

« Quand la baignoire déborde, le fou éponge l’eau, le sage ferme d’abord le robinet »

Un simple regard sur l’histoire nous conduit à observer que l’occident a évacué le problème de la violence potentielle de la jeunesse, sans doute en trop bonne santé, dans une guerre « tous les vingt ans ».
Or, depuis l’avènement de l’ère atomique et l’interdiction des conflits, le sport a tenu une place de plus en plus importante dans l’éducation, mais aucune formation institutionnelle à la maîtrise psychologique de l’agressivité individuelle n’a encore été mise en œuvre dans le respect de notre héritage émotif et culturel.
Dès lors, si « nul n’est sensé ignorer la loi », l’éthique citoyenne nous fait l’obligation de relever que « nul n’est sensé ignorer le devoir préalable à la sanction » : celui de l’éducation à la maîtrise de l’agressivité et à la connaissance de la loi.

Cette double carence dans l’éducation n’est-elle pas la cause majeure de la violence actuelle dans le sport et dans la vie, jusqu’aux agressions sexuelles en réaction brutale à l’inhibition pathologique de l’agressivité et à la dissolution des repères moraux dans le bouleversement de nos valeurs de civilisation ?

Aussi, le phénomène de l’immigration qui a surgi depuis une trentaine d’années a-t-il « bon dos », même s’il a accentué la violence par la difficulté à le contenir et à réguler l’intégration républicaine d’une jeunesse défavorisée, devenue agressive dans ses revendications.

Si «… toute espèce disparaît par son manque d’agressivité... », selon DARWIN, quelle culture de la passivité et de l’indifférence serait ainsi le plus directement interpellée en terme de survie ? Le comportement agressif des populations dites de « banlieue »,- devant être éduquées au respect de l’autre et de la loi républicaine - n’illustre-t-il pas simplement que la santé physique fait un criant appel à la santé morale, sociale et humaniste ?

Depuis sa première action en 1982,- au « Camp de l’Ardèche » où j’étais le seul représentant du sport invité par le Ministère de l’Intérieur – et après l’expérience pilote de la prévention sportive « Sport et Violence » et « Soyons Sport » que j’ai menée à Evry et au Centre des Jeunes Détenus de Fleury-Mérogis de 1986 à 1991, l’Etat a organisé un maillage national de prévention de la délinquance dans les quartiers sensibles et le sport y a pris une part prépondérante sous diverses formes.
Néanmoins, celle qui consistait à laisser les jeunes des quartiers établir leurs propres règles n’aura pas été la plus heureuse, car elle a cimenté la psychologie des ghettos qui débouche à présent sur une violence spécifique, sur les communautarismes et autres récupérations intégristes.
Leur première réaction violente s’est produite en 1991, à Vaulx-en-Velin et Mantes-la-Jolie, et il aura manqué un petit mois de mandat au Ministre Roger BAMBUCK pour mettre en œuvre une action cohérente avec les Fédérations de Sports de Combat qu’il avait réunies dans la perspective d’un « ilôtage sportif formateur » au plus près des écoles, demeurant une priorité proposée par l’AFSVFP depuis 1995.
Observons qu’une nouvelle forme de violence se manifeste depuis quatre ans autour des enceintes sportives locales du football amateur, produite par des groupes claniques utilisant le sport comme prétexte à des affrontements à la « West Side Story ».

Ne devons-nous pas rechercher et dire pourquoi elle est qualifiée « de violence dans le sport », alors qu’elle se produit « autour du sport »,- provenant de la société et générée par ses problèmes - dans une réaction « boomerang » notamment à la « ghettoïsation » des quartiers sensibles ?
Si le fait de se décharger sur les autres de ses propres responsabilités dans les problèmes, révèle d’un bon « estomac », cela démontre-t-il pour autant une bonne santé morale personnelle ?
Jusqu’à quand le sport en sera-t-il réduit à se satisfaire d’un compliment tendancieux emprunté à LA ROCHEFOUCAULD : « L’hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu » ?
Mais, quelle vertu ?

De fait, le point d’appui majeur d’une responsabilisation citoyenne des jeunes en « suspension sociale », se trouve dans le respect des règles sportives qui induit le respect des lois et auquel un jeune est très sensible. Car, ces règles acceptées par un contrat moral ou une licence imposent le devoir de s’y conformer, et toute récrimination contre leur application renvoie à l’irrespect de soi-même.

N’est-ce donc pas sur le respect de soi-même que devrait porter en priorité une pédagogie de son comportement social, dans une déontologie de l’Homme envers sa propre condition d’Homme ?
Par cet appel éthique au respect de soi, de son engagement par contrat en contrepartie tangible d’une considération de sa qualité de vrai sportif, chaque jeune citoyen ne pourrait-il pas s’impliquer dans l’œuvre humaniste dévolue au sport et qui dépasse sa propre ambition existentielle ?

S’il arrive à surmonter ses diverses frustrations aggravées par des contraintes sociales qu’il retrouve sur une aire de jeu en la personne de l’arbitre,- identifié au père ou au représentant de l’ordre, et qui devient ainsi souvent le « bouc émissaire » de son problème personnel - encore faudrait-il qu’il ne soit pas abusé par la proposition de sa participation à la fête dite sportive.

Or, le supporteur soutient une équipe qui représente sa cité, son identité culturelle ; il adule un champion comme l’exorciseur de son « mal d’être », le vainqueur du « dragon » représenté par l’adversaire, « l’autre », et qui est en réalité sa propre agressivité. Il tente ainsi d’exister lui-même, en termes de : « Moi d’abord !».
Quand il crie : « Vive un tel ! », cela veut dire en réalité : « Vive moi ! ».

Mais, dès lors que le champion représentant sa cité est un « mercenaire », le supporteur est conduit à prendre des « vessies pour des lanternes », clamant inconsciemment : « Vive l’argent ! » à la satisfaction des manipulateurs de foules, mais aux dépens de sa conscience humaine et citoyenne.

PRIORITE VITALE DE L’HUMANISME SPORTIF

Face à la violence, d’aucuns savent expliquer « le pourquoi » et ils le disent d’autant plus fort et largement qu’ils n’arrivent pas à trouver « le comment » en traiter les causes, s’empressant même parfois d’en exploiter les effets dans une gymnastique intellectuelle stérile produisant des effets d’annonce, plutôt qu’une annonce de faits saillants.
Dans cette fuite en avant, il est oublié que le sport fait partie des sciences humaines, en qualité de champ d’expression codifié où le sportif exprime la violence potentielle de l’individu, de la « bête immonde » enfouie dans « la partie immergée de l’iceberg », avec une dualité humaine et animale.
Rappelons-nous la démonstration caricaturale de cette dualité par Zinédine ZIDANE lors de la Coupe du Monde de Football de 2006 : joueur le plus talentueux, illuminant par ses esquives la supériorité de l’Homme sur l’animal vertical, il termine sa carrière par une brutalité dans la droite ligne de celle d’un taureau de combat.
Son geste brutal a rappelé qu’il y a loin de la coupe aux lèvres, de l’éducation d’un petit animal à la distanciation psychologique qui garantit la dignité de l’Homme et du Citoyen respectueux des règles communes.
Cependant, ce comportement, inexcusable en termes sportifs, aura montré les limites des « jeux du cirque », soulevant le « couvercle de la marmite » où les gladiateurs professionnels sont mitonnés pour allécher le peuple au mépris de l’éthique sportive, et qui produisent en réaction une violence pouvant donner l’impression que le sport est atteint d’un mal endémique.

Or, grâce à son humanisme et à ses règles, le sport se différencie des autres activités humaines qui produisent aussi de la violence sans présenter, comme lui, un moyen éducatif et répressif de contrôle. Il ne saurait donc être considéré plus atteint que la société malade qu’il soigne.

Au regard de ses vertus pédagogiques dans une formation citoyenne qui classe, hiérarchise et humanise les enjeux, n’est-il donc pas faux d’affirmer que le sport engendre une discrimination ?
Disons-le clairement : le sport n’a pas à se culpabiliser devant la violence et la tricherie qui sont un pâle reflet de ces mêmes dérives dans la société ; il en digérera les effets pervers, à condition que le principe de vigilance soit respecté, face à une démocratie d’opinion qui montre ses limites.
Méfions nous donc plutôt de tout ce qui cherche à porter à croire que ces problèmes de société proviennent du sport, ce « bouc émissaire idéal ».
Cette idée récente est pernicieuse pour la santé du corps social et du système démocratique, dont le sport en soi constitue une défense immunitaire. Mais, il représente aussi une démocratie d’identité en marche pouvant inquiéter des oligarchies qui s’arrogent avec l’argent et les médias un nouveau pouvoir de domination de l’homme par l’homme, ce qui n’est pas du tout républicain.

Déjà, des interventions illégitimes dans le cadre institutionnalisé du sport, spéculent insidieusement sur son influence sociétale au prétexte fallacieux de le sauver de dérives nationalistes.
La critique est facile et l’art est difficile.
En réalité, les valeurs humanistes et citoyennes du sport courent le risque d’être vendues au plus offrant, tant que l’esprit sportif en sa capacité de responsabilisation citoyenne n’aura pas été compris comme un « bras de levier » de l’esprit républicain laïque, synonyme d’efficacité maximum.
Dès lors, ne soyons pas dupes des manifestations de discrimination qui sévissent autour du sport, en contrepoint ou en reflet médiatisé d’une discrimination catégorielle qui sévit silencieusement dans notre société. La justice dispose de lois pour sanctionner les vrais coupables.

N’est-t-il pas inconséquent de diaboliser le populisme des supporteurs de sport, après avoir flatté sa « croupe » en période électorale ?
La démagogie est la première coupable, et la loi s’applique au juge avec la même force.
Défendons en conscience la prééminence de l’éthique sportive qui se fonde sur l’éthique citoyenne, sur la démocratie sans laquelle les supporteurs pourraient justifier leur violence comme une légitime défense d’un « esprit de clocher », jusqu’à chercher à sanctifier un esprit nationaliste nauséeux.
L’AFSVFP mesure que le chauvinisme et le nationalisme sportif ne représentent pas le plus grand danger, tant la fonction sociale du sport consiste à prévenir la violence par des confrontations d’ordre culturel, dans un « esprit de clocher » dont le coq ne doit pas être dénaturé par sa coloration.
Parce qu’il ritualise des affrontements en « substitut de la guerre », le sport est devenu le moyen privilégié de favoriser la paix universelle, offrant un rempart moral aux Droits de l’Homme et du Citoyen.

Appréhendons plutôt le danger liberticide que fait courir au sportif et au citoyen le monde économique qui a pris le pouvoir dans le sport professionnel et sacralise des champions « sandwiches » au bénéfice d’une industrie s’orientant vers une organisation de type « Disneyland ».
Dans un monde qui se défait et se reconstruit à la fois autour de la priorité de l’emploi que le sport a le devoir de favoriser, l’esprit d’entreprise louable est-il neutre comme l’est le devoir d’entreprendre pour les autres et pour soi-même, quand il est pris en otage par « l’esprit de l’entreprise » ?
Comment l’esprit sportif peut-il se protéger et renforcer l’éthique citoyenne, afin que ce nouvel esprit de l’entreprise ne se substitue pas à l’esprit républicain, avec le concours de champions asservis ?
Les intérêts particuliers ne font-ils pas déjà s’inquiéter davantage de la santé financière d’un groupe, plutôt que de la santé morale, sociale et humaniste, aux dépens de l’esprit sportif qui est pourtant, lui, synonyme d’efficacité maximum dans son respect du jeu et de l’intérêt général ?
Lorsque le citoyen-champion se fourvoie dans un engrenage nuisant à la finalité humaniste du sport,- avec une recherche de la victoire à tout prix exigée de lui par le monde économique et par les « chasseurs de médailles », peut-on encore parler de son exemplarité auprès de la jeunesse ?
Où s’y trouve l’intérêt personnel du citoyen-supporteur qui s’identifie à lui alors qu’il est socialement dans la panade et potentiellement de la « chair à prison », comme ses ancêtres furent de la « chair à canon » ?
Si le champion est plus à plaindre qu’à blâmer lorsqu’il hypothèque son intégrité comme un « aventurier de l’âme perdue », a-t-il pour autant le droit de réussir en trahissant les siens ?
L’assujettissement du champion aux nouveaux mandarins gravitant autour du sport, ne favorise-t-il pas leur arrogance qu’ils tentent de masquer par un paternalisme mièvre, cette forme de racisme catégoriel suscitant du racisme catégoriel, comme l’agressivité appelle l’agressivité ?
Le mercantilisme pontifiant de ces nouveaux « barons de bazar »,- relayé ou orchestré par de médias complices qui font l’opinion au mépris du peuple et des valeurs démocratiques – n’est-t-il pas très gravement coupable au simple regard du problème social des supporteurs ?

Il stigmatise, avec une condescendance obséquieuse et discriminatoire, les violations des Droits de l’Homme, de ceux du citoyen lambda réduit à cultiver l’humour en politesse du désespoir, à l’instar de cette grand-mère aux pieds nus, susurrant avec le sourire : « Ah, le bon air ! Quel dommage que les pauvres en profitent ! ».
Il devient crucial qu’une loi impose au monde économique un « Code du Partenariat » sur la base de Principes éthiques garantissant les valeurs humanistes du sport.

L’esprit sportif est devenu un enjeu de civilisation.

Sa spiritualité dynamique s’offre en bras de levier d’une résistance républicaine pour un choix sociétal humaniste du troisième millénaire, au moment où le « cliquetis des attaché-case » rappelle douloureusement la résonance des bottes de la dernière guerre qui annonçait une atteinte à la démocratie républicaine.
Après la déliquescence du lien social et la dilution de notre culture, vers quelle fatalité de « l’esprit moutonnier » nous entraîne la pathologie des pouvoirs et la spéculation de « joueurs de flûte »?
Le sport a-t-il le droit d’être un support inconditionnel d’une guerre économique, en contradiction flagrante avec sa propre mission humaniste ?
Le citoyen-champion n’a-t-il pas le devoir de refuser d’être un vecteur de guerre idéologique, en ne prêtant pas son image et, encore moins, en ne vendant pas son âme aux manipulateurs d’opinion qui semblent chercher à travers lui à faire voter les supporteurs électeurs du bon côté ?
L’AFSVFP lance un appel à l’homme citoyen dans son isolement, afin que son silence indifférent aux autres ne le rende pas complice d’un vol de la démocratie ; afin qu’il conserve sa dignité et cultive une santé morale offrant la meilleure garantie pour la défense de ses droits et d’un bien social ; afin qu’il s’engage à sauver le sport humaniste et, par là, les valeurs républicaines.

*

Pour conclure, permettez moi d’insister sur le constat du fait qu’avant la violence des jeunes, il existe la violence subie et mal vécue par les jeunes dans un nouveau contexte social.

« Quand la jeunesse a froid, c’est le monde qui claque des dents », nous dit BERNANOS

L’ennui pour la jeunesse, c’est que tout le monde parle pour elle, mais qu’on ne lui donne pas encore assez l’occasion de s’exprimer. Or, l’insertion des jeunes ne se fera pas sans eux.
L’AFSVFP organise la mise en œuvre nationale d’une solution démocratique, en proposant de créer un « Conseil Communal de l’Esprit Sportif » intégrant les représentants des associations de quartier reconnues, afin de valoriser l’esprit citoyen de tous les jeunes au besoin légitime de reconnaissance identitaire.
Tout comme une voiture ne peut fonctionner sans circuit électrique, une cité ne peut vivre sans âme, sans la circulation généreuse de l’énergie et de la parole de tous les citoyens.
Il est grand temps de favoriser la santé morale, sociale et humaniste, par une éducation républicaine partant des besoins humains et citoyens, et non en imposant des mesures de rattrapage citoyen dans des cadres déshumanisés.

Il ne suffit pas d’être contre la maladie, il faut mieux d’abord être pour la santé ; c’est même la mission première du sport éducatif.

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