ASSOCIATION FRANCAISE POUR UN SPORT SANS VIOLENCE ET POUR LE FAIR PLAY

 
Espace adhérents
Fair Play AFSVFP
Les médias et l'Esprit Sportif

L’esprit sportif est devenu un enjeu de civilisation

par Frédéric LONNE
Docteur en Droit public, Avocat
Conseil Juridique de l’AFSVFP
« Les Médias et l’Esprit Sportif » - 1998

On racontait autrefois l’histoire de ce père annonçant :
« Ce soir, mes filles, nous mangeons des carottes », « Ah ! », « Râpées », « Oh !
Il n’y a pas si longtemps, on racontait l’histoire de ce père annonçant :
« Ce soir, mes filles, nous recevons un journaliste », « Ah ! », « Sportif », « Oh ! ».

Parce que le sport est aujourd’hui le premier creuset d’intégration et le dernier relais de l’école citoyenne, parce que l’esprit sportif est la quintessence morale de ses vertus et sa condition première : sans esprit sportif, pas de sport, toute médiatisation s’y rapportant n’est plus affaire ludique ou résiduelle, mais touche aux fondements même de notre capacité collective à réveiller en nous l’animal politique aristotélicien.
Cette journée, ne nous y trompons pas, ne doit pas servir à raconter une histoire supplémentaire sur les rapports père-fille, mais doit marquer l’histoire d’une empreinte volontariste. Elle se doit d’être l’acte fondateur de la médiatisation du sport citoyen, car c’est bien le sport citoyen qui est aujourd’hui au cœur des enjeux des relations du sport et de sa médiatisation.

On parle en cette fin de siècle de déshérence, de manque de repères ou de sens.
L’accélération des progrès scientifiques sans précédent dans l’histoire périme jusqu’au temps lui-même et impose des pare-feu artificiels, des morales de circonstance. Un sondage vient de nous révéler, si nous ne le savions déjà, notre incapacité à communiquer, et le succès croissant des idéologies d’exclusion nous rappelle à un monde qui, en fait d’ouverture, entraîne le repli sur soi.

Face à ce triste constat qui n’est autre que celui de la désagrégation jusqu’à l’inconsistance de la Res-Publica, sport et médias ont les moyens du rétablissement et de la promotion d’une éthique citoyenne.

Le sport est tout d’abord concerné, par les valeurs intrinsèques qu’il véhicule, la combativité, l’humilité et j’en passe, mais également par ses vertus éducatives.

Le respect d’une éthique sportive est en effet, bien souvent, le premier pas vers le respect d’une éthique citoyenne. L’apprentissage, la connaissance et le respect de la règle sportive sont les premiers pas vers l’apprentissage, la connaissance et le respect de la loi républicaine. Le respect de l’arbitre, des partenaires ou des adversaires sont les premiers pas vers les règles élémentaires de la socialisation.

Si le respect de l’esprit sportif devait donc être vu, mû par le respect de l’éthique citoyenne et devrait en rester au moins en théorie un simple corollaire, force est de constater que, par effet de feedback, il en est aujourd’hui l’une des dernières sources et garanties permettant au sportif citoyen de redevenir un citoyen sportif.

Le XXIe siècle a les moyens de parachever l’œuvre humaniste des Philosophes des Lumières en complétant la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen par une déclaration des devoirs de l’homme envers l’homme, deuxième jambe indispensable à l’homme debout. Mais il ne pourra le faire sans, ou a fortiori contre, l’exemplarité catalytique de l’esprit sportif.

Pour cette raison, l’esprit sportif ne devrait être ni un hochet, ni l’exutoire de nos consciences déboussolées, il est un véritable enjeu de civilisation, une chance que notre éthique individuelle et notre volonté de rester humains et citoyens nous imposent de ne pas galvauder.

Les médias représentent dans ce cadre le relais sine qua non de la mission citoyenne de l’esprit sportif. Ils sont seuls en situation, – en attendant une politique plus soutenue du sport à l’école, – de diffuser et promouvoir auprès du plus grand nombre les vertus éducatives de l’esprit sportif, et ce parce que la réelle accessibilité du sport, seule source de sa démocratisation, relève non seulement de sa pratique, mais également de sa large diffusion et l’on oublie trop souvent en qualifiant à tort de « grande messe médiatique et sportive », les grandes compétitions, que le sport sans spectateurs, auditeurs, lecteurs, téléspectateurs ne serait qu’une église parmi d’autres.

Pour autant, s’en tenir là et croire ou défendre que l’événement sportif, – et donc sa simple diffusion, – est en lui-même formateur ou porteur de valeurs citoyennes, relèverait d’une erreur grave et d’une démission coupable.

D’abord, parce que le monde sportif lui-même n’est pas nécessairement citoyen et l’on a pu légitimement s’interroger sur l’exemplarité du champion ou sur certains modes de décision ou de dévolution du pouvoir qui relèvent plus souvent de la cooptation que de la démocratie. Mais aussi parce que les médias ont la possibilité de créer et de hiérarchiser les événements. Tel ou tel geste, tel ou tel acte n’aura de retentissement et donc de poids que s’il est effectivement relayé et dans un tel cas, le prisme obligatoirement déformant du média laisse ouverte la possibilité d’altération des réelles dimensions des faits relatés.

Les révolutionnaires français avaient banni le terme de jurisprudence, croyant à tort pouvoir systématiquement lier le juge. Tout sportif sait qu’un arbitre navigue avec plus ou moins de bonheur entre l’esprit et la lettre de la règle.

Dans le même sens que le juge est amené à créer le droit ou que l’arbitre est amené à s’approprier la règle, le média peut transformer le sport en porteur sain de valeurs qui lui sont étrangères.

En cela, toute tentative d’instrumentalisation du sport serait nécessairement vouée à l’échec sans la complicité, au moins passive, du média.

En croyant ou en feignant de croire à la générosité naturelle ou du moins à la neutralité du message sportif, les médias de l’époque ont permis à la Coupe du Monde de 1934, aux Jeux Olympiques de 1936, au combat de l’allemand Max Schmeling ou de l’italien Primo Carnera d’être, plus encore que des substituts à la guerre : ses véritables catalyseurs.

Je le redis, la défense et la promotion de l’esprit sportif relèvent d’un véritable enjeu de civilisation et les médias sportifs, selon ce que l’on en fera, seront des broyeurs de conscience ou des bienfaiteurs de l’humanité.

C’est parce qu’il serait irresponsable et fallacieux de laisser au hasard ou à la fatalité le choix de l’une ou l’autre de ces voies, que l’Association Française pour un Sport Sans Violence et pour le Fair Play a pensé qu’il était de son devoir d’organiser cette journée.

Nous qui avons fait l’effort d’y participer, ne pouvons pas nous reconnaître le moindre droit moral de laisser ces travaux sans réponses ou sans engagements forts.

Les questions en tous cas sont nombreuses.
Le terme générique de média concerne à la fois la dimension déshumanisée du simple vecteur, véhicule aveugle de l’information, et la dimension humaine du journaliste citoyen, crédibilisant et cautionnant, parfois jusqu’à l’incarnation, l’information relayée.
Peut-on croire à une éthique innée du véhicule ? Certes non. Un véhicule n’a ni morale, ni déontologie, il n’a qu’à se conformer aux règles fixées par l’Etat dont c’est le devoir élémentaire d’imposer le respect des droits et valeurs républicaines.

En revanche, ce véhicule a un conducteur, c’est le journaliste, et ce conducteur a une conscience, c’est sa déontologie. La déontologie est le seul élément distinctif entre le journaliste et l’animateur, entre la formation citoyenne et le décervelage, entre l’information et la propagande.

C’est parce que nous savons que le journaliste sportif est avant tout un journaliste qui traite de sport, que les travaux qui nous attendent ne sauront être abordés sans une référence constante à la responsabilité individuelle, à une déontologie non seulement journalistique, mais aussi citoyenne.

Dans ce cadre, il est d’abord impératif de renvoyer à une dimension éthique et l’on pourra, par exemple, se demander où sont les limites entre les impératifs économiques du véhicule et la fonction du conducteur ?

Le journaliste sportif existera-t-il toujours lorsque le sport sera traité dans la rubrique économique des journaux ? L’éthique journalistique et citoyenne qui a pu autrefois résister à certains bruits de bottes n’impose-t-elle pas aujourd’hui de résister au « cliquetis des attaché-case » ?

Ensuite, l’évidence conduit à s’interroger sur les limites de la déresponsabilisation par le dessaisissement de la technologie. Est-ce que, notamment, l’internationalisation de l’information sans garantie des règles élémentaires de l’investigation journalistique ne conduit pas de manière commode, et comme on a pu le faire en matière économique, à délocaliser la responsabilité vers une main-d’œuvre sans scrupules, et à renier le journaliste artisan produit de deux siècles de liberté d’expression intelligente ?

Enfin, il est capital de traiter les questions inhérentes à la formation du journaliste, et il n’est pas vain que celle-ci fasse l’objet du troisième point des droits et du dixième point des devoirs du journaliste sportif tels qu’ils ont été présentés par l’Union Syndicale des journalistes sportifs de France en 1990.
D’abord, parce que d’un point de vue purement sportif, l’absence de formation et les connaissances approximatives nuisent à l’information et nuisent donc non seulement au sport lui-même, mais également à la crédibilité du journaliste et à travers lui du journalisme. Comment, dans ce cadre, imaginer que les médias sportifs pourraient avoir un rôle éducatif ?

Mais la question de la formation du journaliste est en elle-même plus large et plus essentielle. Elle est en effet son seul moyen d’une parfaite perception du contexte et des implications d’un événement.
Si l’on peut, par exemple, légitimement s’interroger par le petit bout de la lorgnette sur l’opportunité pour le monde du football de revenir sur la jurisprudence Bosman, il serait incomplet et malhonnête de ne pas en envisager la dimension sociale, et la formation du journaliste rejoint ici, encore une fois, le thème du sport formateur. En effet, comment faire de l’éthique sportive un premier pas éducatif vers l’éthique citoyenne si le journaliste, par manque de formation, permet au sport sans commentaires d’adopter des règles qui le marginalisent ?

Vous voyez et pouvez constater les attaques croissantes dont fait l’objet l’éthique du journaliste sportif et de ce fait, les participants aux travaux du jour pourront-t-ils faire l’économie d’un engagement fort, par exemple, d’un « code du journaliste sportif » (1) énonçant des principes suffisamment simples pour être respectés dans l’action quotidienne ? Je l’ai déjà rappelé, pas d’esprit sportif, pas de sport et donc plus de sport, plus de journalistes sportifs. Chacun devra alors se transformer, bon gré, mal gré, en chroniqueur ou en animateur de divertissements ou d’aliénation. Certes, l’esprit sportif ne peut pas se passer de l’adhésion et du soutien des médias, mais il nous faut aujourd’hui en retourner la proposition pour nous demander si la défense et la promotion de l’esprit sportif ne sont pas la dernière chance pour le journaliste sportif de préserver la définition et donc l’existence même de son métier ?

Prenons garde à ce choix exclusif qui nous est aujourd’hui proposé entre les subsides du média et la survie du journalisme…

…Le journaliste sportif, je l’ai dit, est d’abord un journaliste et c’est au titre de son éthique journalistique qu’il a à respecter une certaine déontologie professionnelle, qui est évidemment corporatiste et attachée à la spécificité de son métier, mais il doit aussi respecter une déontologie citoyenne, car le journaliste est comme vous et moi d’abord un citoyen.

Si ce rappel a son importance, c’est qu’au fond, lorsque nous parlons de déontologie sportive, de Code du Sportif, nous voyons bien qu’un Code du Sportif, un code du comportement sportif, un code de la règle sportive et de la déontologie sportive, même de la déontologie journalistique, ne devrait être qu’une conséquence et en tout cas un corollaire de cette éthique fondamentale qui nous réunit tous et qui est l’éthique citoyenne. Or, nous assistons à ce renversement tout à fait irrationnel d’une éthique citoyenne qui se perd dans le sentiment général de déshérence et qui ne trouve plus aujourd’hui de source que dans l’éthique sportive.

Au fond, peut-être que notre dernière chance collective de rétablir ou de promouvoir une éthique citoyenne, c’est de commencer par défendre et promouvoir l’éthique sportive. C’est un premier pas de retour vers une source qui n’est aujourd’hui, malheureusement, qu’une conséquence.

En ce sens, le journaliste sportif étant le premier exposé à cette source fondamentale, il m’a semblé qu’il avait des devoirs citoyens comme nous tous, mais à respecter avec une vigilance toute particulière.

Frédéric LONNE « Les Médias et l’Esprit Sportif » - Rassemblement national du 13 Mai 1998

(1) N.D.L.R. : Ce jour là, les participants ont créé « LE CODE DU MEDIA DU SPORT » présenté par Serge LAGET

 Réaction aux évènements 

Notre comité d'éthique s'exprime sur les faits d'actualité.
Retrouvez les coups de coeur qui soulignent les beaux actes Fair Play et les coups de gueule qui sanctionnent les violences et l'irrespect des valeurs du sport.

 Ethique sportive par le ministère des Sports

Listes de guides pour vous aider à parler de l'éthique sportive
Ethique sportive pour les dirigeants
Ethique sportive pour les entraineurs
Ethique sportive pour les sportifs
Guide juridique violences incivlités discriminations

 Dates à retenir

Jeudi 23 mars 2017
Assemblée Générale Elective 2017 à la Maison du Sport Français

Mercredi 26 avril 2017
Rassemblement annuel, "Le Code du Sportif au service de la Paix" est le thème de 2017

Mercredi 31 mai 2017
Date limite de remise des dossiers pour les Prix nationaux du Fair Play IRIS DU SPORT 2017

Jeudi 30 novembre 2017
Cérémonie de la remise des Prix nationaux du Fair Play IRIS DU SPORT 2017 au CNOSF



  Vidéo à la une

MENTIONS LEGALES - © Copyright AFSVFP - 1, avenue Pierre de Coubertin - 75640 Paris Cedex 13 - 01 40 78 28 43